Episode 1

Le réveil des « Visiteurs »

La pandémie des années 2020 avait mis la planète au trente sixième dessous.

Partout dans le monde, la crise sanitaire se mit à bouleverser les équilibres sociaux et économiques. Alors que l’humanité réapprenait la survie et le sens de l’essentiel, le chaos réveilla aussi les « Visiteurs »…

Dans une vieille demeure oubliée, ils sont sortis du silence et de la pénombre.

Inhabité depuis des dizaines d’années, le bâtiment construit au début des années 30, comportait un enchainement de pièces où s’entassaient meubles et bibelots. Au milieu des tables, chaises, vieux matelas et armoires, la lumière filtrait péniblement à travers les volets. C’est un rayon de soleil qui a réveillé un à un les « Visiteurs ». Oubliés de la vie, ceux que l’on prenait pour de simples mannequins à présenter des vêtements au fond d’une vitrine, n’attendaient que cette étincelle.

Et soudain la lumière

L’odeur de renfermé, d’humidité et de poussière avait accompagné ces années obscures. Le silence aussi y régnait en maître. A quand remontait le temps où les mannequins avaient quitté la vitrine du magasin de prêt à porter pour être mis au placard ?

Leurs propriétaires, issus d’une vieille famille de commerçants, avaient disparu, laissant tout figé et sans succession. Dans cette demeure abandonnée, le provisoire avait capitulé pour devenir définitif, jusqu’à ce que tout s’agite. Les Visiteurs ont-ils entendu les cris du monde ?

Ils n’arrivaient pas d’une autre planète mais bien d’un autre temps et d’un autre espace. Qu’importait d’ailleurs. Beaucoup de questions resteront ici sans réponses, enfouies sous la poussière ou prisonnières d’un vieux tiroir. Pourquoi ont-il pris vie ? Pourquoi eux et pas d’autres ? Pourquoi l’inexplicable ? Ces choses incompréhensibles ne feront finalement que s’ajouter à d’autres énigmes. Il y a toutefois une certitude aussi rassurante qu’essentielle. Les Visiteurs sont animés de générosité et de bienveillance…

« Objets inanimés Avez-vous donc une âme ? « , la question du poète, Lamartine tenait sa réponse ici, dans les méandres d’une demeure abandonnée. C’était oui. Oui pour ceux là. Oui pour les Visiteurs. Réveillés, ils s’amusaient de tout: de leur reflet dans un long miroir au tain usé ou des traits de lumière qui étiraient en ombres leurs formes humaines. Ils s’extasiaient de leurs apparences et de leurs différences. Ils étaient dans la joie de la naissance, à l’orée d’une nouvelle vie et de surprenantes aventures.

Fenêtres fermées

Les appels au secours de la planète terre ne pouvaient rester sans réponse. Plus que le désordre planétaire provoqué par la pandémie et par ses centaines de milliers de morts, l’urgence environnementale a sorti les Visiteurs de l’oubli. Alors que les menaces ne cessaient de s’accentuer et que les équilibres écologiques semblaient sur le point de se rompre, il n’était pas encore trop tard. La mission imposait de mieux comprendre l’être humain pour mieux l’inviter à changer ses manières de faire.

En ouvrant les volets d’une des fenêtres, les Visiteurs constatèrent qu’autour de la maison, tout avait également été laissé à l’abandon. Ils devinaient l’ordonnancement d’une sorte de jardin et d’une nature qui auraient perdu la tête à force d’être négligés. La lumière extérieure leur parut d’abord trop vive, trop brulante après toutes ces années d’obscurité. Il fallait en prendre la mesure et c’était bien la moindre des choses afin de débuter l’aventure.

Derrière le calme apparent, la mission s’annonçait immensément difficile.

L’observation et la contemplation élèvent l’esprit. Ils indiquent souvent quel chemin suivre… Les Visiteurs s’imprégnaient des premières impressions du monde des humains en sachant parfaitement qu’ils n’avaient pas été sortis de leur sommeil pour cultiver les jardins alentours. La tâche qui les attendait était immense et pour la mener à bien, ils avaient été dotés de pouvoirs exceptionnels. Des capacités d’analyses et d’actions très au-delà de celles des êtres humains.

Les Visiteurs n’obéissaient pas aux mécanismes de pensée des êtres humains. Avec bienveillance et générosité comme ligne de conduite, ils s’appuyaient sur une perception totale et globale de l’univers. Ils pouvaient lire dans le passé d’un lieu, se le représenter à différentes époques et même replonger dans la vie de ceux qui avaient occupé l’endroit. Ce pouvoir leur permit de revoir l’homme qui fut le dernier propriétaire de la maison. Celui qui ne voyait lors en eux que de simples objets…

Les Visiteurs n’avaient pas quitté la maison et ne s’étaient pas encore lancés dans leurs aventures que leurs pouvoirs surnaturels s’exerçaient déjà. Ils en mesuraient toute l’étendue comme si ces capacités pouvaient se décupler à la manière de poupées russes. Capables de percevoir le passé d’un lieu et de ses occupants, ils étaient aussi en mesure de remontrer dans la vie des occupants eux mêmes. C’est ainsi que leur fut rapporté la belle histoire d’amour des anciens propriétaires. De beaux sentiments qui confirmaient que l’être humain est aussi capable du meilleur…

Portes et volets ouverts, Les Visiteurs jetaient un dernier coup d’oeil sur la demeure abandonnée qu’ils n’avaient connu que dans l’obscurité. Bras ouverts et sourire aux lèvres, Lyla avait été la première à se réveiller et se montrait la plus enthousiaste. L’heure était venue de sortir enfin au grand air. Dehors, une nature douce et accueillante les attendait. Ils ne manqueraient pas de savourer l’instant mais s’apprêtaient à franchir le pas avec détermination tant leur mission aux milieu des êtres humains s’annonçait exaltante.

Lyla fut aussi la première à quitter la maison. Elle impulsait le mouvement et affichait son impatience d’aller de découvertes en découvertes. Les Visiteurs savaient qu’il leur fallait d’abord s’imprégner de l’histoire des hommes. L’aventure devait débuter ainsi. Ils avaient le pouvoir de tout comprendre des lieux et des humains. C’est en repartant aux origines, dans le passé de l’humanité que la mission pourrait s’accomplir. D’abord, il fallait faire parler les pierres et des monuments chargés d’histoire…

A suivre (épisode 2): « Un puzzle à 13 pièces. »

Texte et photos Philippe Péron.

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